Nous, Enfants d’expatriés, élèves au Cned.



La crise de la Covid-19 a arrêté puis transformé le monde. Pour un grand nombre d’individus la vie n’a pas repris comme avant. C’est le cas de Colombine et de Gabrielle, qui sont sorties de leur collège pour suivre des cours à distance, et de Gilles, tuteur pour des élèves non scolarisés dans des établissements. Découvrez leur méthode de travail et quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle éducation, à travers le récit revigorant de ces deux jeunes et du professeur.

Gabrielle et Colombine ont treize et quatorze ans aujourd’hui, elles ont commencé les cours à distance en septembre 2020. L’une est au Cned, le Centre Nationale d’Enseignement à Distance de l’Éducation Nationale, l’autre au cours Legendre, une école privée qui revendique le choix d’une scolarité différente. Les deux jeunes, habitent à Rio de Janeiro. Elles étudient sur le calendrier de l’hémisphère Sud, de février à décembre donc. Elles étaient en classe de 5e lorsque les écoles ont fermé pour ne faire que des cours en distanciel. Après plusieurs mois d’une organisation difficile et peu concluante au lycée français, les deux familles ont décidé de laisser passer la crise et d’inscrire leurs enfants dans ces écoles à distance, ce qui leur a permis de limiter les coûts, huit-cents euros par mois et de laisser le temps à l’établissement de revenir à la normale.


Il faut savoir qu’au Brésil les écoles publiques ont été fermées pendant cent soixante-dix-huit jours alors que les écoles privées fonctionnaient en distanciel.



Des élèves peu motivées au départ


« Je n’étais pas contente lorsque j’ai appris que je n’irai plus dans mon lycée, affirme Gabrielle, je n’avais pas envie de travailler à la maison, je voulais rester à l’école avec les amis ». « Pour ma part, j’étais mitigée avoue Colombine. Comme mes amis quittaient tous le lycée français pour rentrer vivre en France et que les cours à distance du lycée m’ennuyaient beaucoup, je me suis dit : autant aller dans une école faite pour les cours à distance. »



Les avantages d’une école à distance



Parmi les avantages d’étudier en distanciel les deux élèves apprécient aujourd’hui de pouvoir se lever un peu plus tard, mais surtout d’adapter leur emploi du temps. « Si les conditions sont bonnes pour surfer, je priorise le surf sur les cours, assume Gabrielle. Tu peux choisir d’être libre en semaine et de travailler le week-end aussi. »



Concrètement, les deux élèves étudient de trois à quatre heures par jour et gèrent seules leur agenda. Elles ont plus de temps pour faire des activités. « Depuis que je suis au Cned je pratique le volleyball tous les après-midis, du lundi au vendredi, déclare Colombine et j’ai du temps pour apprendre la guitare et le dessin. »



L’ordinateur, ce nouveau professeur


Toutes les deux ont choisi de travailler directement via l’ordinateur. Elles ne se servent pas de leur manuel. « Ce sont des fascicules neufs, ils ne restent donc pas bien ouverts, ils se referment tout le temps et tu perds ta page sans cesse, affirme Gabrielle. « C’est beaucoup plus efficace de travailler les cours directement sur l’ordi » confirme Colombine.

Nos collégiennes sont d’accord pour dire que cette expérience les a transformées. Elles ont appris à copier des cours sans qu’on leur demande, elles ont développé leur autonomie. « Et pas qu’un peu, affirme Colombine, au-delà d’avoir appris une nouvelle manière de travailler, de ne recevoir aucune consigne de personne, il faut respecter des délais sur toute une année et envoyer sans cesse des évaluations. »



Pas peur de ne pas savoir


Parmi les avantages, Colombine apprécie certains détails, petits, pourtant très importants lorsque l’on est élève : « Tu n’as pas besoin de demander la permission pour aller aux toilettes. Tu choisis l’heure de tes repas. Tu fais des pauses quand tu as besoin. Le Cned, c’est plus confortable : je n’ai pas peur de ne pas savoir. Lorsqu’un professeur termine sa leçon en classe, il demande toujours si quelqu’un a une question. Souvent les élèves en ont, mais aucun ne demande, car ils sont stressés de ralentir la classe ou d’avoir la honte avec leur question. Au Cned, tu n’as plus honte de ne pas savoir. Le pire, c'est lorsque le professeur t’interroge alors qu’il sait que tu ne sais pas, c’est très méchant. Dans les cours à distance tu ne vis plus avec cette peur, tu veux seulement comprendre. »



Au-delà du confort, les inconvénients

"Lorsque tu travailles à la maison, tu ne vois plus personne, note cependant Colombine. Tu es chez toi, tu ne vois plus tes amis, tu es dans ta chambre, tu travailles dans un environnement qui normalement n’est pas un lieu de travail mais un lieu dans lequel tu fais des tas d’autres choses. »

« C’est vrai, ajoute Gabrielle, certains jours j’ai beaucoup de difficultés à me concentrer, il y a plein de trucs pour te distraire dans ta chambre et si tu as des questions, tu ne peux pas les poser. Étudier seule à la maison, c’est cela aussi : être plantée face à un cours que tu ne comprends pas. Et puis la quantité de travail est énorme, il faut apprendre à résumer et à trier les exercices à faire, car en plus du travail de tous les jours il y a en moyenne une trentaine d’évaluations par trimestre. »

Ces évaluations par le Cned, au niveau du collège, sont chaque fois notées par des professeurs différents. « C’est totalement impersonnel, ce n’est jamais le même professeur qui te corrige, tu ne sais pas à qui tu t’adresses » dit, ennuyée, Colombine.


Un tuteur pour soutenir l’élève isolé


Comme le recours au Cned se poursuit plus longtemps qu’imaginé initialement, Vanessa, la maman de Colombine, a fait appel à un tuteur, Gilles, afin d’aider sa fille : « C’est avant tout un soutien psychologique que je recherchais, car les cours sont très chargés, il y a beaucoup de connaissances à mémoriser et plus de 70 évaluations à fournir dans une année. Il faut se mettre au travail seul ce qui n’est pas évident à 13 ans. » Colombine sa fille est très heureuse de cet accompagnement : « C’est l’interaction qui compte, ça fait du bien d’échanger avec quelqu’un dont c’est le métier, il a une pédagogie, alors que seule tu es perdue devant tes cours. Le fait qu’il puisse m’expliquer les leçons, c’est mieux que moi qui essaie de comprendre ». De son côté Gabrielle à la chance d’avoir des parents disponibles dont un papa ingénieur : « Il m’aide pas mal en mathématiques et si j’ai besoin d’aide sur d’autres matières, mes parents sont présents. »


Professeur en visio : l’atout du tête-à-tête


Gilles le tuteur de Colombine connait bien les cours à distance. Professeur de mathématiques, il est aussi tuteur au Cned : « j’ai débuté en donnant des cours de mathématiques qui sont ma spécialité et, rapidement vu la forte demande j’ai eu des élèves du Cned. Ce sont des enfants que je suis entre quatre et onze heures par semaine. Gilles fait face à tout type d’apprenants. La plupart d’entre eux ne sont pas expatriés et ont tous des profils très différents. « Il y a l’élève qui a trois ans d’avance, donc inadapté pour étudier avec des élèves bien plus âgés. Il y a aussi l’écolier avec des parents voyageurs

ou des parents très mobiles tels que les enfants de chercheurs ou de forains. Ce peut aussi être des élèves habitant dans des endroits reclus ou bien des enfants déscolarisés parce qu’ils ne veulent plus aller à l’école, des élèves en transition pour quelques mois parce qu’ils changent d’hémisphère. Dans ce dernier cas nous prenons de l’avance ou bien nous renforçons les connaissances acquises. »

Quant au travail fourni, « C’est énorme ce que l’on étudie par rapport à une salle de classe, ajoute le professeur. On travaille tellement plus vite, c’est ce qui fait que c’est supportable pour les jeunes d’ailleurs. Pour le tuteur comme pour ses élèves, c’est agréable d’être en tête-à-tête, même en visio, « on se regarde dans les yeux, ce qui n’est pas le cas en salle de classe. Un professeur ne peut pas être attentif à trente élèves. »


Les cours à distance, une solution pour tous les élèves ?


Aucun des élèves de Gilles n’a choisi lui-même de suivre des cours à la maison, c’est toujours une décision des parents. Mais cela n’empêche pas les élèves d’être satisfaits de cette option, même si cela reste un défi à relever.

« Tout le monde n’a pas la même facilité, avoue Gilles. Pour suivre les cours à distance il faut avoir des facilités avec l’écrit et la lecture et je parle ici d’un écrit plutôt soutenu. Il n’y a pas de cours oraux, pas de cours vidéo, l’enfant est seul devant son ordinateur et ses fascicules, il n’y a rien qui vient à ses oreilles, tout est écrit. En classe un élève est plus ou moins passif, mais il écoute. Il peut passer des heures sans faire énormément d’efforts, mais il apprend. »




L’éducation qui transforme différemment


De mon point de vue les cours à distance sont une richesse, déclare la maman de Colombine. Trois heures de travail quotidien en comparaison des six à huit heures en établissement cela laisse beaucoup d’opportunités pour apprendre à grandir dans son époque, pour développer des qualités autres que scolaires. Il est certain que cela demande beaucoup de discipline d’étudier seul mais tu gagnes sur d’autres tableaux.


Deux écoles, deux vitesses


Que ce soit l’école à distance ou dans un établissement, l’une et l’autre ne sont pas adaptées à tous. Aujourd’hui le système nous facilite la vie pour tout et l’école n’échappe pas à cette règle, elle est de moins en moins exigeante, alors que l’école à distance demande de la discipline.

Colombine, la jeune élève nous laisse méditer, en concluant : « Avec cette école je me suis habituée à la difficulté ce qui me rend la vie plus facile. »